Complot à l’IMEC

Complot à l’IMEC

Qu’est-ce qui est en train de se tramer ? Notre paparazzi a surpris hier une étrange réunion qui a regroupé Manon Aubel (documentariste), Élise Thiébaut (écrivaine, biographe de Françoise d’Eaubonne), Isabelle Cambourakis (éditrice, créatrice de la collection féministe Sorcières) et Caroline Goldblum (historienne et essayiste), accompagnées d’une équipe de vidéo.

Finalement, notre enquête nous a permis d’apprendre que Manon Aubel venait de commencer à l’IMEC (l’Institut Mémoires de l’Édition contemporaine) le tournage du documentaire qu’elle veut consacrer à Françoise et à son œuvre et ses luttes dans les années 1970. Les sourires (exclusivement féminins) nous laissent présager que la documentariste produira un très beau travail.

Le pouvoir pourrit l’imagination

Le pouvoir pourrit l’imagination

Témoignages, journal fondé en 1944 à La Réunion par le docteur Raymond Vergès (père de l’avocat Jacques Vergès), a publié le 7 mai, sous la plume de l’éditorialiste David Gauvin, un résumé de la vie de Françoise dans lequel celui-ci insiste avec pertinence sur la nécessité, selon la militante, de détruire tout pouvoir.

L’imagination comme seul pouvoir. En détournant le slogan iconique de mai 68 “l’imagination au pouvoir”, Françoise d’Eaubonne raconte à la fois les errements d’un mouvement auquel elle prit part mais dont elle dénonce immédiatement ou presque les impasses, l’absence de considération des pensées révolutionnaires qu’elle appelle du Désirant et du Refus, féministes et homosexuelles et la non remise en cause de la vicissitude fondamentale de notre structure sociale : le pouvoir. Pour elle, tout mouvement révolutionnaire doit viser non pas le pouvoir mais la destruction de celui-ci. Le pouvoir pourrit l’imagination, or l’imagination est un pouvoir. Pour Françoise d’Eaubonne, l’imagination comme seul pouvoir, c’est revendiquer la nécessité d’engager nos imaginaires dans la lutte contre le système mâle. Il faut réinvestir et réinventer les mythes, s’emparer du pouvoir de la poésie, des mots, pour appréhender, et tordre, le réel. Renverser l’ordre établi passe par un renversement des imaginaires. Un pouvoir de l’imagination dont son œuvre visionnaire et l’inventivité de sa praxis militante faite de happenings et d’action directe sont les reflets.

Libération des femmes et sauvegarde du vivant

Libération des femmes et sauvegarde du vivant

En décembre 2020, le Zéphyr brossait un portrait de Françoise. Le Zéphyr, « média des aventures humaines » comme il se qualifie lui-même, a pour objectif de mettre en avant « les  parcours de vie, les engagements ou encore les combats contre les injustices ». Ce journal en ligne existe depuis 2016 et est complété, depuis 2019, par une revue papier.

L’article consacré à Françoise rappelle les combats de la militante : féminisme, écologie, lutte auprès des lesbiennes et des gays, résistance contre les injustices et toutes les dominations…

Plus de 15 ans après sa mort, son discours écoféministe résonne encore. Depuis son plus jeune âge, l’auteure prolifique Françoise d’Eaubonne n’a cessé de se battre pour la libération des femmes. Un combat qu’elle a lié à la lutte contre la destruction du vivant.

L’apport de Françoise aux luttes du XXe siècle est souligné par diverses féministes, telles que Camille Badoux, Marie-Jo Bonnet, Caroline Goldblum…

Un nouveau livre de Geneviève Pruvost

Un nouveau livre de Geneviève Pruvost

Françoise d’Eaubonne, « anarchomarxiste » ? « anthropologue » ? C’est ainsi qu’elle est présentée dans un article en ligne de Reporterre, en date du 4 mai. Plus sérieusement, le journaliste nous livre sa lecture du dernier ouvrage de la sociologue du travail et du genre Geneviève Pruvost : Quotidien politique.

Dans ce livre, l’autrice dénonce le fait que nous dépendons complètement de l’infrastructure technocapitaliste, et remet à l’honneur le principe de subsistance, à savoir, selon la définition qu’en donne le Centre national de ressources textuelles et lexicales : « ce qui permet l’existence matérielle d’un individu, d’une collectivité », puis, dans un sens plus restreint, toute « agriculture, économie qui répond aux besoins essentiels de la population mais ne permet pas d’excédent ».

L’article de Reporterre poursuit :

La philosophie du premier capitalisme émergent, porté tant par l’Église que la bourgeoisie urbaine contre des communautés rurales de plus en plus indépendantes, considéra que « le travail se doit désormais d’être profitable, et non plus seulement de répondre aux besoins des maisonnées. Il s’ensuit que tout ce qui ne croît pas par le travail humain de manière significative semble improductif, voire du non-travail. Dès lors, le travail de subsistance est disqualifié ».

Politique qui conduit à

l’enfermement progressif des femmes dans des foyers composés d’une famille nucléaire et l’individualisation et la féminisation des tâches ménagères, dont sont écartés les enfants, les hommes et les familles élargies qui formaient les maisonnées de l’Ancien Régime.

(…)
Heureusement, des territoires résistent encore et toujours au capitalisme, voire soutiennent activement des projets révolutionnaires, y compris dans les pays du Nord mondial. Les enquêtes qu’a menées Geneviève Pruvost ces dix dernières années auprès des alternatifs français permettent d’en saisir les contours et les caractéristiques.

Un article à lire.

Françoise embarque ! À l’abordage !

Françoise embarque ! À l’abordage !

Françoise donne de la voix dans plusieurs chansons, dont certaines ont été enregistrées lors d’un tour de chant donné, en 1987, dans les locaux de la radio pirate Radio Mouvance. Cette antenne était située dans la Goutte d’Or, quartier populaire de Paris, et donnait la parole à celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, remettaient en question le système capitaliste et les discriminations. Françoise y tenait fièrement des émissions régulières, féministes, littéraires et politiques. Pour ma part, j’avais dû batailler pour y permettre la parole de celles et ceux qui vivent en marge de la norme sexuelle.

Françoise partage aussi des coups de gueule, des coups de sang et des coups de cœur, à travers des textes que nous mettons à votre disposition. Nous n’en sommes qu’au tout début, mais vous pouvez déjà y trouver :

  • un article paru en 1980 dans la revue Sorcières, dans lequel elle revient sur le « rapport étroit entre les fléaux dénoncés par les écologistes et les découvertes fondamentales qui constituèrent la victoire du patriarcat à deux niveaux différents : sur la fertilité et la fécondité » ;
  • une lettre de l’autrice, datée de 1976, adressée à un groupe de recherche qui prétendait défendre les « bases de la civilisation européenne » ;
  • un article de 1992 dans lequel Françoise explique son refus de voter ;
  • et un texte écrit à l’occasion d’un colloque sur Violette Leduc, en 1996.

Toutes ces ressources se trouvent dans Traces de Françoise > Lire, écouter, voir. Nous tâcherons d’alimenter cette section régulièrement.

Françoise, au box-office ?

Françoise, au box-office ?

Dans sa robe de soirée, madame Françoise d’Eaubonne descend fièrement les marches du Festival de Cannes, sourire épanoui et poing levé. C’est un triomphe. L’écoféminisme déferle sur le monde sans même que les bergères de l’apocalypse aient eu besoin de verser le sang.

Je rêve, cela fait un peu de bien dans cette période si glauque – guerres, famines, crise climatique, extinction de milliers d’espèces, et cette mauvaise farce de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle française. Mais je ne fais pas que rêver, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer en exclusivité.

Un studio de production travaille actuellement sur la réalisation de films grand public ayant pour ligne éditoriale : comment vivre différemment le monde et dans le monde pour parvenir à changer la trajectoire prise par l’humanité. Dans ce cadre, il est prévu une mini-série de films sur la vie de Françoise. Il s’agirait de montrer que d’autres vies sont possibles que celles formatées par la machine économique et le système de profit et de domination, d’autres récits ayant pour centres et pour moteurs la liberté et la dignité. Ces films, fictionnés, s’attacheraient principalement aux années 1970 de Françoise, durant lesquelles sa pensée, son œuvre littéraire et son action militante furent si riches. Cette enthousiasmante idée a fait l’objet, ces jours-ci, d’un joyeux déjeuner qui a réuni une partie de la bande à d’Eaubonnot : Vincent d’Eaubonne, Élise Thiébaut, Karine Lanini, deux personnes à l’origine du projet, ainsi que ma pomme et Jean-Claude, mon fidèle compagnon.

Soulignons par ailleurs que la journaliste Manon Aubel commencera le mois prochain le tournage d’un documentaire portant sur l’engagement militant de Françoise durant ces mêmes années 70, intitulé Le Féminisme ou la Mort, documentaire qui sera diffusé sur la chaîne de télé France 3.

Françoise n’a pas fini de hanter ce monde (et peut-être un jour – qui sait – Cannes) ! Nous avons tellement besoin de sa présence.

Et, pour le clin d’œil, voici un extrait de L’Inspecteur ne renonce jamais, film américain réalisé par James Fargo et sorti en 1976, troisième de la série L’Inspecteur Harry, avec Clint Eastwood :