La natura della crisi

La natura della crisi

En 1980, Françoise publiait dans la revue Sorcières un article écoféministe intitulé La Nature de la crise, dans lequel elle défendait la thèse selon laquelle le « matriarcat » aurait préexisté au patriarcat.

Il ne s’agit […] pas d’une société féminine de type inversé qui aurait précédé le pouvoir masculin, mais d’une société sans « pouvoir » au sens que le patriarcat a donné à ce terme, que j’ai essayé d’analyser dans Les Femmes avant le patriarcat.

Le fac-similé de ce texte est consultable sur notre site, dans la partie Traces de Françoise/Lire/Textes.

Cet article a récemment été traduit en italien par Bruna Bianchi (voir photo) dans la Revue télématique d’études sur la mémoire féminine. Bruna Bianchi est universitaire, écrivaine et traductrice (notamment de Goethe et de Thomas Mann).

Françoise, sorcière comme les autres

Françoise, sorcière comme les autres

La série de podcasts Des sorcières comme les autres propose un portrait de Françoise d’Eaubonne brossé par deux comédiennes, Gaëlle About et Elsa Dupuy.

Je lègue à tous ceux qui m’ont aimée et me liront ou m’ont lue avec compréhension la haine irréductible d’une société plus immonde que toutes celles qui l’ont précédée, l’amour des hommes et des femmes qu’elle broie et dégrade de toutes les façons et à tous les niveaux, l’amour de l’environnement à ressusciter s’il est encore possible, et le soin de continuer la lutte contre le pouvoir patriarcal et impérialiste que mes dernières forces seront employées à maudire et mes derniers écrits à combattre. (« Testament politique », 1991)

Sur la vision radicale de Françoise d’Eaubonne

Sur la vision radicale de Françoise d’Eaubonne

À l’occasion de la sortie de la traduction anglaise de Le Féminisme ou la Mort, Myriam Bahaffou et Julie Gorecki proposent, sur le site Literary Hub, un article (en anglais) sur l’écoféminisme selon Françoise d’Eaubonne : Ce qu’une pionnière écoféministe peut nous apprendre aujourd’hui – Sur la vision radicale de Françoise d’Eaubonne.

D’Eaubonne plaide pour le transfert de pouvoir aux femmes, incarné par ce qu’elle appelle le « non-pouvoir », ou la destruction de tout pouvoir. (…)
La théorie écoféministe de Françoise d’Eaubonne n’est […] pas une juxtaposition du féminisme et de l’écologie, mais une analyse du « système mondial » sous un angle qui place les marginalisés et les exploités en son centre.

Rencontre à la librairie Des Femmes

Rencontre à la librairie Des Femmes

Les éditions des femmes–Antoinette Fouque ont organisé le 24 mars dernier une rencontre autour de la réédition du Satellite de l’Amande et des Bergères de l’Apocalypse. La soirée, fort sympathique, a réuni plusieurs dizaines de personnes. Elle a été animée par Élise Thiébaut (autrice de la biographie de Françoise, L’Amazone verte). Avec talent, Lauren Bastide nous a fait le plaisir de lire plusieurs passages des Bergères. Et Vincent et Alain ont illustré la soirée de leurs témoignages.

Un grand merci aux éditions des femmes qui nous ont chaleureusement accueilli-es.

Réédition du Satellite de l’Amande et des Bergères de l’Apocalypse

Réédition du Satellite de l’Amande et des Bergères de l’Apocalypse

Un évènement ! Les éditions Des Femmes-Antoinette Fouque rééditent les deux premiers tomes de la saga La Trilogie du Losange : Le Satellite de l’Amande et Les Bergères de l’Apocalypse. La première partie (publiée en 1975) comme la deuxième (en 1978) étaient depuis longtemps devenues introuvables.

Le Satellite de l’Amande est une sorte de prologue assez sage d’une saga dans laquelle Françoise d’Eaubonne lâchera ensuite la bride à son imagination délirante. Dans un monde futur uniquement composé de femmes, une équipe d’ouranautes explore une exoplanète bien étrange. Cette aventure amène la narratrice, Ariane, à s’interroger sur l’histoire de la civilisation Anima qui a vu disparaître tous les hommes.

Les Bergères de l’Apocalypse déploie tout le talent et l’habileté de l’autrice dans une admirable construction narrative. Françoise prévient dans un avertissement qui précède le texte : « ce roman […] n’est – humblement – qu’une épopée ». Et quelle épopée ! rien de moins que celle de la guerre des sexes qui a abouti à l’éradication des hommes de toute la surface de la Terre et à l’édification de la civilisation Anima. Comme l’a souligné par ailleurs Nicolas Longtin-Martel, la construction de cette civilisation au féminin sert à Françoise de « terrain de jeu pour explorer, entre autres, différentes formes de l’écoféminisme ». Ariane, au retour de son exploration extra-solaire, questionne le passé, véritable Apocalypse mondiale, et publie les résultats de ses investigations dans un livre intitulé L’Histoire sans concession. Mais surtout, ses recherches interrogent le présent : Anima contre Animus ou plus jamais Animus ni Anima ? – N’ayons pas peur des mots : Françoise nous a offert là un véritable chef d’œuvre.

Un troisième tome (Un bonheur viril), inédit jusqu’à ce jour, devrait paraître chez les mêmes éditrices à l’automne 2022.

Le site Les Univers du Livre présente Les Bergères de l’Apocalypse.

Le Satellite de l’Amande et Les Bergères de l’Apocalypse sortiront le 17 mars 2022.

Carolyn Merchant : Feminism or Death

Carolyn Merchant : Feminism or Death

L’édition anglaise du Féminisme ou la Mort de Françoise contient un avant-propos de Carolyn Merchant que j’ai évidemment lu avec grand intérêt à la réception de l’ouvrage.

Carolyn Merchant y resitue l’ouvrage dans l’histoire du féminisme et de l’écoféminisme. Plongeant jusqu’à la naissance du patriarcat, elle rappelle la responsabilité de celui-ci dans la création du problème démographique (croissez et multipliez !) et redonne des sources intellectuelles (Bachofen, Bebel, Engels, Briffault…) qui ont permis de le penser.

Elle évoque un possible premier emploi du terme « écoféminisme » aux USA en 76, dans l’Institut d’Ecologie Sociale de Murray Bookchin au Vermont. Puis viennent quelques dates clefs de l’emploi du concept (Inestra King, 1980, etc.) et l’histoire de ses échanges avec différents courants portés par Mary Griffin, Val Plumwood… jusqu’à nos années contemporaines.

Et elle conclut que cette pensée trouve ses racines en Europe, au début des années 70, sous la plume de Françoise d’Eaubonne :

All of these manifestations have their origins in the early 1970s mouvements in Europe on which d’Eaubonne drew and elaborated in her book Feminism or Death.

Carolyn merchant, philosophe et historienne des sciences, nous apporte là un éclairage sur les sources de l’écoféminisme. Si cela est bien évidemment fort utile scientifiquement, l’intérêt d’un débat sur le sujet hors de cette sphère me paraît limité.

Notre combat peut fort bien se passer d’une attribution formelle à telle ou telle personne d’un titre de prestige, et les immenses talents de Françoise n’en seront en rien diminués. Il ne me semble pas dans l’ADN des écoféminismes de bâtir des piédestaux, si l’on considère que son projet consiste entre autres à créer du lien, des collectifs mutationnels, au-delà des distinctions de genre, de classe, de culture… et de position intellectuelle.

…Qu’importe si chemin faisant vous allez m’abandonner comme une hypothèse…

Aragon, Épilogue

David Graebber nous dit justement qu’il n’a rien inventé, pas plus que Marx ou qui que ce soit. Pour lui, l’exercice de la pensée consiste à capter le débat de son époque pour en restituer une synthèse située qui embrasse le plus largement possible le vivant, en donnant à notre espèce une brique supplémentaire pour la compréhension du monde. Nul besoin donc de crier au génie, notre propension à idolâtrer n’a pas besoin de ça pour se donner hélas des maîtres à suivre.

Enfin, nous n’oublierons pas que c’est là affaire de genz du Nord. Les Sud n’ont pas attendu notre permission pour mener des combats écoféministes bien antérieurs au terme et à sa conceptualisation. À tel point que, en suivant l’anthropologie contemporaine, c’est bien dans les racines immémoriales des sociétés matriarcales qu’il faut en situer l’origine, lorsqu’il s’agit d’en trouver une.