Titanes et samouraïas

Titanes et samouraïas

Depuis le 7 mars 2022, court une intrigante nouvelle sur les réseaux sociaux. À cette date, il ne restait plus que 10 jours avant qu’Antigone, Esmeralda, Blanche-Neige, Mélusine, Esther, Solanas, Théroigne, ne viennent « par la puissance de l’imaginaire […] alimenter la réflexion et les débats actuels pour que naisse une histoire qui remplacera celle confisquée par le récit des hommes ».

De quoi pouvait-il bien s’agir ? Aussi intrépides que Françoise l’était, nous avons enquêté sans relâche pour résoudre cette énigme. Et nous avons fini par découvrir que cette prédiction provenait du journaliste Jean-Paul Gavard-Perret qui, par ces lignes prophétiques publiées sur lelitteraire.com, annonçait au monde la parution le 17 mars de la réédition du Satellite de l’Amande et des Bergères de l’Apocalypse aux Éditions Des Femmes – Antoinette Fouque. Un grand merci à lui.

Le rapport Meadows a 50 ans

Le rapport Meadows a 50 ans

La circonférence de la Terre est de 40 000 km, et tout le génie humain n’y ajoutera jamais un seul mètre de plus, avait coutume de dire, en substance, Françoise d’Eaubonne. Nous vivons dans un monde fini. Pourtant, le Patriarcat et le Capital poursuivent aveuglément une croissance infinie de la production, une consommation exponentielle et une démographie sans limite.

Le Rapport Meadows a 50 ans. Les Limites à la croissance (son titre réel) a en effet été rédigé en 1972 à la demande du Club de Rome (groupe de réflexion réunissant notamment scientifiques, économistes, fonctionnaires nationaux et internationaux). Françoise l’avait probablement lu quand elle a pris conscience, au début des années 1970, de l’urgence écologique. À l’occasion de sa réédition (sortie voilà quelques jours chez Rue de l’échiquier), le quotidien en ligne Reporterre a publié le 3 mars une interview du chercheur émérite Dennis Meadows, l’un des rédacteurs du rapport.

Il créa un grand retentissement dans le monde. Il est même souvent considéré comme l’un des monuments de l’écologie politique. Pourtant, les idées du novateur rapport de 1972 « Les Limites à la croissance », plus connu sous le nom de « Rapport Meadows », n’ont pas été reprises, ou que très peu, par les dirigeants. Il démontrait pour la première fois que l’économie ne pouvait continuer à croître indéfiniment dans un monde fini.

50 ans plus tard, où en sommes-nous ? Le rapport 2022 du Giec (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) vient justement de faire le point en insistant sur les conséquences du changement climatique et sur les façons d’y préparer les sociétés. Le portail msn a interrogé l’un de ses contributeurs, Wolfgang Cramer, écologue et géographe.

Il y a aujourd’hui, partout, des cas concrets d’adaptations au changement climatique. Parmi ceux-ci, il y a des options intéressantes qui peuvent être mises en avant. L’agroécologie en est une. Dans de nombreuses régions, ce modèle de production agricole (qui s’appuie au maximum sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes naturels et cherche à diminuer le plus possible les pressions sur l’environnement) est aujourd’hui considéré comme une piste importante d’adaptation.

Soirée écoféministe à Martigues le 19 mars

Soirée écoféministe à Martigues le 19 mars

Le vent de l’écoféminisme souffle partout. Notamment à Martigues (Bouches-du-Rhône), où le café associatif Le Rallumeur d’étoiles a récemment créé avec la Maison des Jeunes un groupe de discussion et d’actions autour des féminismes. Le 19 mars se tiendra à la MJC, à partir de 17 H, une soirée consacrée à l’écoféministe à laquelle participera Jeanne Burgart-Goutal (voir photo), professeur de philosophie, autrice de Être écoféministe – Théories et pratiques. La soirée se poursuivra par un concert de Ktykeen Conasse.

L’écoféminisme, selon le néologisme né sous la plume de la philosophe Françoise d’Eaubonne, est un mouvement militant qui s’est principalement développé aux États-Unis et en Grande-Bretagne au cours des années 1980, dans le sillage des luttes antinucléaires et pacifistes. Il lie fortement aspirations féministes et écologistes et ses activistes entendent démontrer que l’oppression des femmes et la destruction écologique relèvent des mêmes mécanismes de domination patriarcaux.

Autour d’elles, festival féministe à Billom

Autour d’elles, festival féministe à Billom

Autour d’elles est un festival qui se tient à Billom (commune de la région Auvergne-Rhône-Alpes) depuis 2011 et qui porte sur les inégalités entre femmes et hommes et sur les luttes féministes. Cette année, le programme sera axé autour, d’une part, de la transidentité et, d’autre part, de l’écoféminisme. Caroline Goldblum donnera une conférence sur Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme à la mairie de Billom le dimanche 13 mars à 14 h 30. Du 5 au 19 mars, l’édition de 2022 proposera : rencontres, débats, lectures, cinéma, chanson, art urbain, théâtre, expositions, danse.

Luttes féministes et luttes écologiques sont imbriquées : elles s’unissent dans les mouvements écoféministes qui prônent une mutation vers un monde plus humaniste, basé sur l’égalité entre les humains et sur le respect de notre planète.

Grèce, une résidence sur l’écoféminisme en 2023

Grèce, une résidence sur l’écoféminisme en 2023

Grèce. ATOPOS, lieu de culture visuelle contemporaine, propose des résidences appelées #OccupyAtopos.

Le programme se concentre principalement sur la recherche interdisciplinaire et l’étude de la culture visuelle contemporaine du corps humain. Le programme met l’accent sur l’expérience incarnée et le caractère narré du corps sexué et racialisé, le traumatisme personnel et collectif, la mémoire, les systèmes de cognition incarnée, ainsi que la relation entre le corps, la justice sociale et l’écologie. Sa mission est d’observer et de soutenir le processus créatif des artistes, designers, conservateurs et penseurs émergents.

En 2023, #OccupyAtopos accueillera Eleni Riga, commissaire d’exposition et productrice culturelle indépendante basée à Athènes (voir photo). Le programme de cette résidence portera sur l’écoféminisme.

Riga se concentrera sur les femmes dont le travail a directement influencé les théories et les pratiques de l’éco-féminisme : l’auteure pionnière Françoise d’Eaubonne, la militante écologiste Lois Gibbs et Astrida Neimanis, une théoricienne de l’hydro-féminisme.

Voir, en grec :

Το #OccupyAtopos2023 καλωσορίζει την επιμελήτρια Ελένη Ρήγα

À propos de « F. d’Eaubonne et l’écoféminisme » de C. Goldblum

À propos de « F. d’Eaubonne et l’écoféminisme » de C. Goldblum

Dans le n° 35/2020 des Cahiers de Framespa, Alexis Yannopoulos revient sur le livre de Caroline Goldblum Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme.

Yannopoulos est enseignant-chercheur à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès. Ses thèmes de recherches : utopies, science-fiction, études de genre / intersectionnalité, sociocritique.

Dans son article, le chercheur souligne avec justesse que l’écoféminisme est un « concept central de la théorie eaubonienne intensément reliée à la pratique de l’action ». Mais l’auteur, se basant sur le fantastique délire des Bergères de l’Apocalypse et sur l’appel du Mouvement Écologie-Féminisme à la grève de la procréation, en déduit que Françoise d’Eaubonne accorde une « importance récurrente » à une « différenciation liée au biologique ».

La théoricienne semble assumer des positionnements à la fois différentialistes et matérialistes, une situation paradoxale qui demande à être approfondie dans d’autres travaux.

Il est vrai que, lorsque Françoise, dans les années 1970, a amené la « nature » dans les débats féministes à travers l’écoféminisme, à une époque où les féministes cherchaient à se libérer de leur prétendue « nature féminine », ses prises de position ont pu être incomprises. Pour autant, dans toute son œuvre l’autrice et militante a toujours affirmé que les différences entre les femmes et les hommes sont culturelles avant d’être biologiques.

De plus, Yannopoulos commet la trop classique erreur de confondre les prises de position de Françoise d’Eaubonne sur la surpopulation avec ce qu’il appelle un « positionnement néo-malthusien ».

À lire ici.