Françoise, vite fait bien fait

Françoise, vite fait bien fait

Infos :  Deux nouvelles critiques d’œuvres, ici et . Deux nouvelles traductions en italien, et une en Anglais. La page d’accueil de la version espagnole du site s’enrichit d’extraits de la préface de Yayo Herrero écrite pour la traduction de Le féminisme ou la mort qui dialoguent avec d’autres tirés de Perfumar la rabia (Parfumer la rage), par l’Uruguayenne Alicia Migliaro Gonzalez.

——–

De Hugo à Ta mère nature, la distance n’est pas si grande qu’il y parait. Si cette capsule sur Françoise n’aura peut-être pas le même destin que  Mélancholia, elle est dans son style fort bien écrite, et très juste, il y a du travail en amont. J’y vois pour ma part une filliation, car au-dela du sujet, c’est bien la même question qui est posée. Filliation qui, qui de loin en loin, nous embarquerais jusqu’aux débuts de l’écriture et bien avant, tant le combat est immémorial.

Le ton convient bien pour évoquer notre vieille révoltée. À titre de comparaison, écoutez Françoise ferrailler avec Jean Larteguy, officier de réserve, journaliste et romancier d’aventures militaires coloniales, qui venait en ces années 70 de publier une Lettre ouverte aux bonnes femmes (sic, on revient de loin ! ). Observez comment il lève les bras au ciel, dépassé par la verve de Françoise.

————————-

Je me plais à répéter que ma mère n’appartient à personne, pas plus à moi qu’à qui que ce soit. J’en ais eu encore la preuve en découvrant par hasard que ce 8 mars, la commune d’Yerres en Ile-de-France venait de donner son nom à une esplanade. Après Paris, Lyon, Toulouse, Nantes (liste non exhaustive)…

Puisque nous avons dispersé ses cendres dans l’Atlantique un beau jour de Septembre 2005, à quand un cap à son nom ?

Que dis-je, un cap ? Une péninsule !

Françoise au Louvre

Françoise au Louvre

Infos :  traduction d’un texte de Françoise de 1955, sur les méfaits du colonialisme, en italien.

—–

Je garde un souvenir confus mais émerveillé de mes visites du Louvre avec Françoise dans ma petite enfance. Face aux grandes œuvres, semblant sortir de l’une de ces peintures qu’elle traitait d’égale à égale, elle me racontait toute une série d’anecdotes dont je n’ai retenu que la forte impression. Le sentiment d’Histoire disparaissait pour céder la place à celui de la filiation et de l’ancestralité, qui m’a fait voir très tôt de grandes figures disparues non pas comme tutélaires, mais comme  alliées ou adversaires dans la lutte immémoriale contre les dominations. Même si, évidemment, je n’employais pas ces mots là il y a 60 ans.

Françoise aurait donc adoré pouvoir évoquer Histoire de l’art et lutte des sexes dans ce cadre mais, là encore, l’époque ne s’y prêtait pas. Il aura fallu attendre ces jours-ci pour que ce soit le cas, et c’est Fabienne Dumont qui la représente ce 16 févier au colloque international Elles sont à l’œuvre – Les collections d’art ancien au prisme du genre qui accueille de grandes personnalités contemporaines comme Griselda Pollock. Fabienne Dumont sera aussi le 19 février aux Beaux-Arts de Paris pour une Relecture par Françoise d’Eaubonne d’œuvres canonisées (entrée libre), et le 20 février au Consortium à Dijon (entré libre sur inscription).

Sinon, David Dufresne, qui a écrit une bio de Jacques Brel, est à Vesoul pour parler de sa grand-mère. Et, dans les nuits de France-Culture, elle nous rappelle ce qu’elle pense de la construction du couple et des ses fondations mythologiques (je n’ai pas eu le temps d’écouter).

De son côté, la BNF la cite dans une liste des empêcheurs de penser en rond, et il  en est encore question à propos de la grande expositions « Sorcières » à Nantes.

La valeur n’attend point le nombre des années

La valeur n’attend point le nombre des années

Quiétude intérieure, une calligraphie d’Itsuo Tsuda

Infos : mise à jour des notices pour Les yeux du Paradis (1953) et La drogue (1974)

—–

Ma camarade Eleni Riga, qui spéléologise actuellement dans les archives de notre vieille enragée, m’a transmis ce poème datant de 1929. Françoise avait donc neuf ans. Mais d’où lui venaient toutes les connaissances qui lui ont permis de l’écrire ? Pas de l’école, elle y fait sa première année. Probablement de sa mère, érudite, qui a assuré jusque là les cours à domicile. Et de la bibliothèque familiale, puisqu’elle dévore tout ce qui se trouve à sa hauteur.

Elle fait preuve d’un style qui déjà s’affirme en noircissant de son écriture, depuis ses cinq ans et comme elle le fera toute sa vie, le moindre bout de papier qui passe à sa portée . Et c’est à ses neuf ans aussi que la grande Colette publie deux de ses poèmes.

Le Japon 

L’île des maisons de papier
Des ombrelles et des paravents
Patrie des dieux terribles et charmants
Des cigales et des cerisiers. 
Patrie des orangers en fleurs
Dès peintre habiles et des poètes 
des gens qui n’ont jamais eu peur 
Et des plus délicieuses bêtes
Hélas un grand changement est fait
Le Japon est civilisé !
Ou sont tes brodeuses ?
Tes poèmes, tes jeunes filles heureuses ?
Si le Japon prospère 
Il a perdu toute sa beauté
A-t-on idée de remplacer par des usines
Des maisons en papier…si fines…

Voilà, en germe, le combat de sa vie. Le féminin y est déjà présent, et les deux derniers vers interrogent l’évolution du monde, en critique du progrès. Il n’est donc pas étonnant que, près d’un siècle plus tard, elle soit publiée dans la collection Les précurseurs de la décroissance.

Dans Chienne de jeunesse, elle se dit à cet âge de neuf ans frappée par un vers de Victor Hugo, elle le connaît donc. Pour ses deux derniers vers son inspiration pourrait-elle lui venir, par exemple, de Mélancholia ? Mélancholia, où Hugo tonne contre le Progrès et l’Usine, contre le sort atroce fait à l’enfant, la femme, l’ouvrier d’usine, l’autre qu’humain. Déportons-nous un instant de notre Occident contemporain confortable (pour nous, et plus pour longtemps) : il n’a pas pris une ride.

… Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,

[…]

Ô servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain ! –
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !

[…]

Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme ! …

On ne peut qu’imaginer l’effet d’une telle lecture sur une âme aussi ardente !

Manon Soavi a choisi pour illustrer ce poème de Françoise une calligraphie d’Itsuo Tsuda, voici ce qu’elle en dit :

« Dans cette calligraphie de style dit semi-cursif, le trait du haut représente le toit, donc la maison. Les deux signes ensemble « sous le toit » figure le tri des haricots, donc par extension une activité calme, silencieuse.

Et je me réfère à Ariel Salleh : dans la culture japonaise il y a une recherche d’un état intérieur de calme, qui n’est pas un état d’insensibilité ou de transcendance. Au contraire le calme intérieur se trouve dans l’intégration de la vie. A l’image du travail dit « féminin » qui tisse les communautés, exigeant flexibilité et attention aux rythmes humains et naturels. L’essence de cette présence calme est dans ce travail qui tient et s’inscrit dans le temps endurant ».

Peut-être avez-vous déjà fait le lien avec le féminisme de subsistance. Et pour celui entre Japon, arts du corps et écoféminisme, je vous invite à lire Manon ici, par exemple.

Note du 06/02 : au croisement du Japon, de l’art, de l’écoféminisme et des catastrophes industrielles, vous pouvez écouter cette intervention d’Elodie Royer. J’y ais appris qu’un article de Françoise avait été traduit et inséré dans un ouvrage collectif japonais au milieu des années 80.

Françoise d’Eaubonne l’Artificière

Françoise d’Eaubonne l’Artificière

Il n’est pas beau ce sticker anonyme ? Et il arrive à point nommé.

L’allée Françoise d’Eaubonne démarre au pied de la mairie du XIVe à Paris et traverse un jardin pour rejoindre la rue Mouton-Duvernet. Au coin, il y a La Cocotte où je devisais paisiblement avec mon frère mi-décembre.

En sortant, on s’étonne. Un odeur de brulé ? Un incendie pas loin surement. Et voilà que de jolies flammèches nous environnent. La pergola du café est en feu. Vif comme l’éclair, j’invite mon frère à courir alerter pendant que je me déplace doucement de 50 cm, par précaution. Alain bondit et ameute. Téléphone, attroupement, pompiers toutes sirène hurlantes.

Nous sommes à Paris, c’est donc la Brigade, unité d’élite s’il en est, qui fait le déplacement. Et qui ne lésine pas sur les moyens.

Sans doute a-t-elle jugé utile de prendre ses précautions :  feu, Françoise d’Eaubonne… Si vous ne voyez pas bien le rapport, c’est ici.

Pour notre petit Noël, nous avons donc eu droit à de jolis camions rouges, et même, cerise sur le râteau, à la Grande Echelle. Dommage, iels ne l’ont pas déployée.

Enfin c’était bien quand même, il y avait beaucoup de pompiers et  pompières.

Ceci posé, un incendie au bout de la rue Françoise d’Eaubonne, c’est suspect.

Il ne faudrait pas conclure trop vite que ce sont les décorations de Noël qui ont enflammé le store. Avec Alain nous avons une autre explication.

Françoise, de sa rue, a vu ses deux fils et comme c’était la période elle a décidé de leur offrir une jolie illumination. Bon, un feu dans un café ce n’est pas sympa pour les gens qui sont là, mais allez savoir ce qui se passe dans l’absence de tête d’un pur esprit? Une kami écoféministe immanente a ses raisons que la raison ignore. Et personne n’a été blessé.

Bref, merci Françoise, tu est vraiment la plus forte de toutes les mamans du monde, comme d’hab.

 

Rappel de dates janvier 2026

Rappel de dates janvier 2026

Le 10 janvier, Les Amis du Monde Diplomatique s’offrent deux d’Eaubonne pour le prix d’un, et deux beaux morceaux : avec David Dufresne, nous animerons une après midi des Amis du Monde Diplomatique de 14 h à 17 h à Versailles, salle Montgolfier, à la mairie. Nous sommes des habitués du lieux, David pour ses livres, et de mon côté pour évoquer Françoise.

Le 15 janvier c’est au tour de la Maison des Femmes – Simone de Beauvoir de Nantes : projection du film de Manon Aubel, Françoise d’Eaubonne, une épopée écoféministe. Et débat à suivre en tandem selon une habitude bien établie. C’est de 19 h à 21 h.

Et nous avons la chance de recevoir aussi Eleni Riga, commissaire d’exposition indépendante en Europe et aux USA, à Nantes pour une journée de travail sur le sujet qui lui fait passer plusieurs mois en France, lequel est… Devinez ?

Attention ! Pour participer à la soirée, il faut s’inscrire par mail à la Maison des Femmes, les places sont limitées.

Et pour les personnes de Strasbourg et alentours, le cinéma Cosmos propose 5 dates pour voir le film de Manon Aubel, dans le cadre du festival Rages Féminines. Entre le 18 janvier et le 15 février.

Focus sur la Lettre Ouverte à Jean-Paul II (1997)

Focus sur la Lettre Ouverte à Jean-Paul II (1997)

Dessin de Françoise, 1942

Info : mise en ligne d’une dédicace à Colette (1951) et d’une lettre à Françoise de la Résistance Iranienne en exil (1994)

————————

Le choc

Début 1945, Françoise est marquée à vie par une éxpérience terrible qu’elle relate dans Les Monstres de l’été.  La jeune femme de vingt-cinq ans affaiblie par les privations participe au brancardage des personnes rescapées des Camps à la gare de Lyon-Perrache. Elle en fait un récit glaçant :

« Ces garçonnets rachitiques et chauves, aux oreilles décollées, au yeux fous, hypertrophiés, c’était des femmes…« ‘

L’histoire du peuple juif hantera son œuvre, du Complexe de Diane à l’Evangile selon Véronique, son dernier livre, comme l’évoque Danielle Roth-Johnson dans le premier tome de Causes Comunnes. Aussi, lorsque Jean-Paul II demande pardon (13 avril 1986 et 26 mars 2000, principalement) pour les atrocités commises contre lui, Françoise n’a pas oublié le silence assourdissant de Pie XII durant la Shoah, dont l’attitude plus qu’ambigüe sera confirmée par l’ouverture des archives du Vatican en mars 2020.

Et cette amende honorable ne lui suffit pas, un autre moment atroce de l’histoire de l’Eglise doit être mis en lumière. Elle publie une Lettre Ouverte à Jean-Paul II.

L’adresse à jean-Paul II

« Votre Sainteté, Nous avons applaudi avec la plus grande joie l’amende honorable de l’Eglise devant l’infortuné peuple juif si longtemps persécuté pour la fausse accusation de déicide.

Mais il est une autre catégorie humaine comptant par dizaines de milliers les victimes accusées, torturées, et brûlées sans recours pendant deux siècles (1450-1650) qui relève également – du moins principalement – de la responsabilité papale[…] pour […] laquelle […] une amende honorable serait aussi équitable que celle concernant le peuple d’Israël.« …

Voilà une entrée en matière bien protocolaire. Elle traduit les sentiments complexes que Françoise entretenait avec le christianisme, religion de sa naissance. qu’elle quitte avant son entrée au Parti Communiste en 1946. 

Françoise ne s’embarrassait pas, à l’époque où elle écrit cette lettre, de formules usuelles pour s’adresser aux puissants. Subjectivement, j’y vois une concession en guise de remerciement mélangée à une subtile pointe d’humour. Car après l’avoir quittée, elle ne reconnaitra plus jamais cette Eglise qu’elle nommait Paulinienne, donc, pour elle, antiphysiste et patriarcale. Ce qui ne l’empêchait pas de considérer le fait spirituel comme un fondamental de notre espèce, comme lors des RV de l’Histoire en 2004. Et de manifester un vif intérêt évident pour la figure du Christ et les Evangiles, surtout apocryphes.

Histoire d’un sexocide

« …nous voulons parler du sexocide des sorcières.[…]Sexocide est le mot juste puisqu’il s’agit, sous prétexte de sorcellerie, d’une misogynie […] portée au paroxysme par les écrits des Pères de l’Église autant que par les brillants théologiens que furent Tertullien et Origène. Les insultes et les anathèmes de cette tradition où brillent Thomas d’Aquin, Jean Chrysostome et Saint Jérôme entre tant d’autres docteurs préparèrent de longue date cette « chasse aux sorcières » qui fut avant tout une « chasse aux femmes ».

Françoise vient de publier Le sexocide des Sorcières. Dans la suite de sa Lette elle revient sur l’histoire de ce massacre. Elle évoque le dominicain Jakob Sprenger « obsédé sexuel au bord de la psychopathologie » et Kramer, les auteurs du Malleus Maleficarum, (livre indispensable à tout bon chasseur de sorcières), et le pape Innocent VIII « qui donna l’imprimatur à ce vaste appel au meurtre » et qui « était un parfait débauché dont les orgies entretinrent l’angoisse du pêché et l’horreur des filles d’Eve« .

Un manuel hérétique

Elle voit aussi dans ce manuel « préludant à un Mein Kampf » une trace très probante d’hérésie :

« …un des dogmes les plus établis de l’Église est l’effacement du pêché originel par le sang du Christ. […] Or, Kramer et Sprenger attribuent à une catégorie spécifique de l’humanité un péché natif, spécifique, qui le met hors l’humain, en dépit du baptême. Pourquoi ne dénonça-t-on jamais l’outrecuidance  hérétique de cette déclaration ? […] Si inique que fut la persécution du Juif, une issue lui était offerte : il pouvait se faire baptiser par l’eau saine.[…] Mais la femme était condamnée d’avance et sans pouvoir se changer en homme.[…] C’est ainsi qu’on put voir l’évêque de Trêves faire brûler des fillettes de sept ans puisqu’à cet âge elles devenaient femmes…« 

Suit une liste des exactions documentées par régions d’Europe, avec la proportion de femmes et d’hommes condamné(e)s au bûcher, ainsi qu’un développement du parallèle entre la chasse aux juifs et aux femmes, où elle cite l’historien jean Delumeau : « L’anti-judaïsme et la chasse aux sorcières ont coïncidé« . Puis elle en vient à son dernier point : 

L’allergie au féminin

 » Mais il est un autre territoire de la malédiction auquel touche celui du féminin[…] c’est l’homosexualité. Le « péché muet », le plus horrible […] depuis la législation de Constantin {…] puise son abomination dans le fait que l’homme imite la femme, alors « qu’il a le bonheur de ne pas en être une » comme le dira un dévot de l’abbé de Choisy. Sorcellerie fait toujours supposer « bougrerie ».

[…]

Touchant d’un côté à la question juive et de l’autre à la condamnation de l’homosexualité, la sorcière a donc représenté pendant deux siècles d’horreurs et de supplices infligés par une culture intégriste, le summum de l’allergie au féminin déjà si largement manifestée, et au plus haut niveau, depuis les premiers siècles de l’Église triomphante.« 

[…]

« L’indignation qu’éprouvent les femmes aujourd’hui, surtout si elles appartiennent à cette Église ou cette religion, est d’autant plus véhémente que l’Évangile, « sur lequel Pierre a bâti son Église », est de tous les livres sacrés que connaît le monde le seul qui soit féministe.« 

Françoise connaissait-elle les théologiennes écoféministes anglo-saxonnes qui s’activent depuis les années 80 ? Elle en a peut-être entendu parler, mais ne les a probablement pas lues, puisqu’elle n’ont pas été traduites jusqu’à recemment. Une recherche dans ses ouvrages non-édités en lien avec le christianisme permetra peut-être de lever le doute.

Et elle conclut comme elle avait commencé :

« Voilà pourquoi nous attendons de Votre Sainteté une amende honorable de la même inspiration qui lui dicta la déploration du génocide médiéval des Juifs lavés de leur accusation de déicide, alors que les « sorcières » ne le furent jamais d’une accusation encore plus insensée. Et nous assurons Votre Sainteté de votre confiance en Son sens de la Justice dont elle a donné précisément un si équitable et si parfait exemple. »

Une Lettre à l’épreuve de l’histoire

Presque trente ans après, l’interrogation fondamentale de cette Lettre reste d’actualité. Si des travaux historiques récents minorent le nombre de victimes et éclairent d’un jour nouveau la réalité des procès et le fonctionnement des institutions, il n’en reste pas moins que l’allergie aux femmes, et plus largement la peur du féminin, était bien la raison fondamentale de cet épisode, puisque constitutif de cette Eglise.

Combien de cette peur porte-t-elle encore aujourd’hui, et jusque à quand ? Est-elle le signe de sa condamnation, ou trouvera-t-elle le chemin pour se laver du père de tous ses péchés ?