Réclamer la terre

Réclamer la terre

Une page web lituanienne qui mentionne Françoise d’Eaubonne, une autre au Sri Lanka, Le Féminisme ou la Mort traduit et diffusé en Grande-Bretagne et aux États-Unis… De nos jours, on ne peut plus parler d’écoféminisme sans faire référence à Françoise. Même au Palais de Tokyo, à Paris, en introduction de plusieurs expositions.

Réclamer la terre, tel est le titre de la saison qui s’est ouverte le 15 avril et se terminera le 4 septembre.

Il y a quelques jours, Vincent et moi étions à peine entrés dans la première salle de l’exposition que nous sommes tombés sur un panneau pointant l’apport de Françoise à la pensée écologique et féministe (voir photo). Je dois reconnaître que nous avons été un peu fiers de voir ainsi affichée l’adresse de notre site. embarassed

De nombreuses salles proposent des œuvres variées et généreuses. Là, Hélène Bertin et César Chevalier exposent Couper le vent en trois, une expérimentation joyeuse et collective pour « forger des relations entre l’art et l’agriculture » (jusqu’au 24 juillet seulement). Plus loin, Aïcha Snoussi nous présente une grotte humide et mouvante, « un bar souterrain sorti des fonds marins ».

Les relations des êtres humains à la nature sont au cœur des préoccupations intellectuelles contemporaines parmi les plus stimulantes, en ce qu’elles remettent en cause le socle idéologique qui a fondé nos manières de faire et de penser. De fait, c’est à une fusion d’enjeux essentiels que nous engage l’actualité écologique : politiques, économiques, scientifiques, moraux, sociétaux, et, bien sûr, esthétiques.

Parmi les livres présentés sur une grande table : Caroline Goldblum, Geneviève Pruvost, Carolyn Merchant, mais aucun de Françoise d’Eaubonne ! Nous apprendrons par l’équipe de médiation, avec qui nous aurons un échange très sympathique, que les livres de Françoise se font régulièrement chaparder…

Lapinisme phallocratique

Lapinisme phallocratique

La quatrième partie de cet intéressant (comme toujours) dossier de Reporterre commence ainsi :

Il faut faire une « grève des ventres » et cesser le « lapinisme phallocratique », lançait, avec sa verve habituelle, la militante écoféministe Françoise d’Eaubonne dans Le Féminisme ou la mort. C’était dans les années 1970.

Le dossier s’attache à pondérer l’importance des données brutes de la démographie dans notre écosystème terre, en rappelant par exemple que l’Afrique dans son ensemble consomme moins d’énergie que l’Espagne et ne participe que pour 3 % au bilan des gaz à effet de serre, alors même que sa population connaît une augmentation explosive. Notons que la baisse de sa natalité est bien plus rapide que ce qu’elle est en Europe, avec d’immenses disparités régionales qui rendent complexe, voire fausse à la limite, toute approche globale.

Dans la droite ligne de ce que défendait Françoise, la quatrième partie démontre le primat de la décision des femmes dans la natalité à travers un exemple contre intuitif étonnant : le cas de l’Iran qui a connu l’une des transitions démographiques les plus rapides de l’histoire, passant de 6,4 enfants par femmes en 1986 à 2,3 en 2003.

La raison en serait un profond changement de mentalité initié pendant les dix-sept mois de journées révolutionnaires islamiques en 1979 auxquelles les femmes ont largement participé, et des politiques volontaristes du temps de Khomeini, durant lesquelles les moyens contraceptifs ainsi que les possibilités de ligature des trompes et de vasectomie ont été mises à disposition des populations.

Les gouvernements suivants ont eu beau prendre la direction inverse, rien n’y fait ; pour les femmes iraniennes, multiplier le nombre d’enfants n’est plus une option et le taux de natalité ne réaugmente pas.

Françoise, qui à juste titre s’est beaucoup inquiétée du sort fait aux femmes dans ce pays, serait bien étonnée. Elle y verrait  une puissance de résistance dans l’un des pires régimes patriarcaux de la planète, et un signe d’espoir très certainement.

Libre disposition de nos corps

Libre disposition de nos corps

Pétition mondiale pour le droit à l’avortement aux États-Unis et dans le monde entier (à l’heure où nous publions cet article, déjà 813 000 signatures) :

Chères amies, chers amis aux États-Unis,

Nos cœurs saignent en ce jour où des dizaines de millions d’entre vous perdent le droit fondamental à avorter en sécurité.

Nous, féministes du monde entier, avons lutté pour obtenir le droit à interrompre une grossesse en sécurité, souvent dans des conditions très hostiles. Nous avons décidé de vous écrire pour partager un message important : c’est par la solidarité que nous contre-attaquerons.

La décision de la Cour suprême aura des conséquences réelles et dévastatrices, en particulier pour les femmes jeunes, noires, latino-américaines et pauvres.

Mais le combat ne fait que commencer. Nous entrons dans une nouvelle ère de la lutte pour le droit à l’avortement aux États-Unis. Et vous avez le pouvoir de décider à quoi elle ressemblera.

Depuis 10 ans, les mouvements pour le droit à l’avortement remportent des victoires qui paraissaient impossibles. Parce que nous manifestons dans les rues. Parce que nous partageons nos témoignages. Parce que nous apprenons les unes des autres. Et parce que nous refusons de rester invisibles, même sous la menace.

Nous avons une admiration profonde pour le travail courageux et acharné que vous menez pour protéger vos droits, et nous voulons vous dire que nous ne détournerons pas le regard. Votre combat est notre combat.

Vous qui vivez aux États-Unis, sachez que notre solidarité vient du monde entier.

Comment nous pourrions vivre

Comment nous pourrions vivre

C’est le titre du dernier numéro spécial de Socialter, dont Corinne Morel-Darleux est rédac-chef.

Parmi de nombreux articles intéressants, à noter celui de Geneviève Pruvost, qui y évoque  son concept de « féminisme de subsistance » développé dans Quotidien Politique, son excellent livre.

Elle y rappelle l’intérêt du travail du philosophe marxiste Henri Lefebvre, dont Françoise faisait grand cas pour ses analyses largement divergentes de la doxa produite par ce qu’elle appelait le « marsisme vulgaire pensé par des esprits paresseux« .

Elle y rappelle en quoi le féminisme de Françoise se distinguait du courant dominant des années 70 :

La priorité [pour le féminisme majoritaire] c’était que les femmes intègrent le marché du travail – au sens salarié du terme – puis y fassent carrière. Dans ce paysage, Françoise d’Eaubonne fait exception en France, en dénonçant cette illusion, et en la couplant avec l’expoitation des ressources naturelles.

Et elle évoque l’une des causes de l’invisibilisation de son travail :

Mais à ma connaissance elle n’a pas établi de liens intellectuels ou militants avec les écoféministes de l’école de Bielefield. [Effectivement, ndlr.] Cela explique en grande partie pourquoi ce terme de subsistance ne s’est pas imposé en France.

Françoise à HEC

Françoise à HEC

Comment est-il possible que quelqu’un comme moi, militante depuis toujours, de mère féministe, découvre la pensée écoféministe dans les années 2015 ?

Cette interrogation personnelle, en introduction de son intervention, sert de socle à Delphine Batho pour parler de la puissance des invisibilisations dans un monde politique patriarcal, avant d’expliquer en quoi l’écoféminisme n’est pas une simple addition de postures mais une remise en cause fondamentale des productivismes et des systèmes de domination. Elle en fait la démonstration de manière brillante.

Ne se reconnaissant pas dans un féminisme libéral qui consiste à adopter les codes masculinistes pour « grimper dans la hiérarchie » et ne faisant aucune concession sur les termes et concepts pour séduire un électorat potentiel (celleux qui la suivent savent son refus d’employer à la place de « décroissance » un terme plus consensuel mais plus propre à être dévoyé), Delphine Batho cite abondamment Françoise qu’elle a lue et réfléchie, mais pas seulement. Elle exprime aussi la nécessité de prendre en compte les affects et les émotions en politique, à rebours des attitudes virilistes se coupant de leur l’humanité.

Pour reprendre les termes de Corinne Morel-Darleux, elle s’inscrit, avec d’autres, dans ce

… saut de maturité politique [où] naturalistes, paysannes et paysans, chercheurs, autrices et activistes se retrouvent de plus en plus fréquemment, [ce] qui pourrait signer la fin des anathèmes et des cloisons, l’émergence d’un pragmatisme de situation et d’une stratégie de fédération.

Mini-série sur la vie de Françoise

Mini-série sur la vie de Françoise

Selon les informations que nous avons pu obtenir, le projet de mini-série sur la vie de Françoise, annoncé lors du Festival de Cannes le mois dernier et répercuté sur le réseau Instagram, suscite beaucoup d’intérêt et révèle un grand nombre de fans. Souhaitons pleine réussite à cette belle aventure.