Geneviève Pruvost, invitée de Reporterre

Geneviève Pruvost, invitée de Reporterre

Sociologue du travail et du genre au Centre d’étude des mouvements sociaux (EHESS), Geneviève Pruvost a été récemment l’invitée des Grands entretiens de Reporterre. L’entretien commence par une question vertigineuse : peut-on vivre aujourd’hui sans téléphone portable ? À la suite de quoi, l’autrice de Quotidien politique – Féminisme, écologie, subsistance « dépeint les espoirs et les enjeux d’une société inspirée par l’écoféminisme où l’entraide mènerait à la subsistance et à l’ancrage local ».

Tout Pouvoir est mauvais !

Tout Pouvoir est mauvais !

Quelle verve, quel entrain ! Féministe depuis longtemps et récemment alertée de la folle exploitation de l’homme sur la nature, Françoise vitupère : « Tout pouvoir est mauvais entre les mains de qui que ce soit ! » Pour elle, il s’agissait de prendre le pouvoir pour le détruire, et non pour l’exercer, afin de lutter contre « tous les fléaux qui menacent l’humanité ».

Qu’il est doux de l’entendre, le 3 mai 1972, s’indigner et se révolter, dans Aujourd’hui Madame, la première émission de l’après-midi de la télévision française. Je vous avoue que cet extrait m’émeut particulièrement.

Françoise en Amérique

Françoise en Amérique

Le site s’internationalise. Une version anglophone s’étoffe rapidement. 35 ans après son voyage aux USA, Françoise y revient.

À la manœuvre, deux camarades universitaires américaines de premier plan :  Danielle Roth-Johnson, directrice d’un département « Gender and Sexuality Studies » à Las Vegas, qui a rencontré Françoise fin des années 80 et a intégré son travail dans son cycle d’enseignement, et Ruth A. Hottel, professeure émérite de français à l’université de Toledo et traductrice de Le Féminisme ou la Mort sorti récemment chez Verso Books.

Grâce à cette traduction et au travail sur le site web, c’est tout un nouveau monde qui accède à la pensée de Françoise. Les articles se multiplient dans les pays scandinaves, en Indonésie, au Japon, et sûrement dans bien d’autres endroits de la planète sans que nous le sachions.

Un grand merci à Carolyn Merchant qui a accepté de préfacer la version anglaise du site, elle qui n’a eu de cesse ces dix dernières années de faire advenir une traduction de Françoise.

Un jour, peut-être, une version hispanique ?

Écoféminisme et lutte anti-spécisme

Écoféminisme et lutte anti-spécisme

Ballast, revue numérique, vient de publier un texte posant la question « d’intégrer les animaux à l’ensemble de nos luttes ». Déjà à la fin du XIXe siècle, le socialiste Charles Gide parlait des animaux comme d’une « classe de travailleurs oubliés ». L’autrice, Kaoutar Harchi, y dénonce :

[Les animaux] nous sont indéniablement inférieurs, et si inférieurs que nous pouvons légitimement penser et faire d’eux des choses sans nous préoccuper de ce que cela leur fait et, en retour, de ce que cela finit par nous faire et à faire à la Terre que, tous et toutes, nous habitons.

Après avoir dépeint l’ « animalisation des animaux » Kaoutar Harchi fait un détour par la prise de conscience écologique des années 1970.

Dans ce contexte où les sociétés civiles prennent conscience du péril terrestre (…), des groupes de recherche aux formes, aux ancrages et aux orientations diverses travaillent alors, ici et là, à reformuler la question écologique en question proprement politique. De ces groupes, en France, a émergé la figure de Françoise d’Eaubonne.
« Électron libre », elle n’a eu de cesse d’embrasser les luttes d’émancipation (…). Cette disposition à la contestation radicale et à sa théorisation a conduit Françoise d’Eaubonne (…) à suggérer que « le rapport de l’homme à la nature est plus que jamais celui de l’homme à la femme ». (…) De là, d’Eaubonne a formé le terme « écoféminisme » : une étendue conceptuelle et militante prometteuse.

Silence, on tourne !

Silence, on tourne !

La journaliste Manon Aubel a commencé le tournage d’un documentaire sur les années 70 de Françoise d’Eaubonne. Durant cette décennie capitale pour elle, l’autrice a publié plusieurs romans et d’importants essais féministes, participé à la création du Front homosexuel d’action révolutionnaire, pris conscience des dégâts dus à la maltraitance du vivant, entrepris nombre d’actions coups de poing, et n’a cessé de s’élever contre toutes sortes d’injustices.

Le documentaire sera diffusé en fin d’année sur la chaîne France 3 Pays de la Loire.

Françoise et Le Casse-noix

Françoise et Le Casse-noix

En 1976-1977, des débats agitaient le mouvement anti-nucléaire, et notamment l’hebdomadaire écologiste La Gueule ouverte, entre les tenant·es et les adversaires de la « contre-violence » prônée entre autres par Françoise. Une des questions qui se posaient alors tournait autour de la stratégie à mettre en œuvre pour s’opposer à la construction du surgénérateur nucléaire Superphénix (1) et pour faire de la manifestation de Malville, à l’été 1977, un moment fort de la résistance anti-nucléaire. C’est en juillet de cette année-là que Françoise s’est rendue à Grenoble et a rencontré les gens du Casse-noix, « feuille grenobloise assez furieuse » à laquelle elle a ponctuellement participé.

En ce mois de mai 2022, dans un long texte intitulé Françoise d’Eaubonne à Grenoble et publié par Pièces et main d’œuvre (atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique) (2), Le Casse-noix revient sur cette époque et sur la folie technico-nucléaire. L’article commence par souligner l’action de sabotage de la centrale nucléaire de Fessenheim, alors en construction. Le texte poursuit sur les luttes anti-nucléaires et les débats qui les nourrissaient et auxquels les luttes d’aujourd’hui font écho. L’auteur, sans se départir d’un ton je suis plus malin que les autres quelque peu irritant, s’oppose à Françoise, d’un ton parfois condescendant, sur certains aspects de son discours, non pas sur le sabotage ou l’action directe mais sur ce que Françoise appelait « contre-violence ».

Il est dommage que dans la suite de son texte, l’auteur dénonce ironiquement le prétendu essentialisme de Françoise d’Eaubonne :

Cette volonté de puissance [du capital coupable de génocide, dernier stade de la société patriarcale d’oppression], qu’elle nomme « phallocratisme », serait selon d’Eaubonne et ses disciples, le trait saillant et négatif des mâles. A eux seuls l’instinct de mort et la pulsion agressive : Thanatos. (…) Les femmes étant dotées au contraire du privilège de l’Eros et de l’instinct de vie.

Il nous faudra donc toujours insister : pour Françoise, les différences entre les femmes et les hommes sont avant tout culturelles, dues au système patriarcal, à la position donnée dès leur naissance au garçon et à la fille.

L’article est suivi en annexe de la retranscription d’une conversation avec Françoise ainsi que des extraits de sa Lettre ouverte à Jean-Marie Muller, auteur de Stratégie de l’action non-violente (Éditions Fayard, 1972) et animateur du Mouvement pour une Alternative Non-violente, fondé en 1974. Ces deux textes ont été publiés, en juillet 1977, dans le numéro 6 du Casse-noix.

(1) Subissant panne après panne, Superphénix, s’il a bien été construit, n’a jamais réellement fonctionné. Il a coûté 60 milliards de francs et a été définitivement abandonné vingt années plus tard, en 1997.

(2) Avertissement. On nous écrit : Yannick Blanc, le probable auteur du texte Françoise d’Eaubonne à Grenoble, « est le militant principal et historique du groupe Pièce et main d’œuvres, collectif anti-technologie qui publie des textes dans une collection chez l’Échappée. Depuis plusieurs années, ce groupe publie des textes transphobes et anti-féministes ; ils se sont battus aussi contre la PMA pour les lesbiennes et autant dire qu’ils ne sont pas en odeur de sainteté dans le milieu féministe. Ils ont aussi publié des textes avec une coloration nationaliste étonnante pour ce collectif autonome. La fausse position de l’auteur qui parle d’une époque où il n’était ‘pas encore femme’ est une petite blague transphobe à la Yannick, un clin d’œil à ses lecteurs transphobes comme lui. »