En 1976-1977, des débats agitaient le mouvement anti-nucléaire, et notamment l’hebdomadaire écologiste La Gueule ouverte, entre les tenant·es et les adversaires de la « contre-violence » prônée entre autres par Françoise. Une des questions qui se posaient alors tournait autour de la stratégie à mettre en œuvre pour s’opposer à la construction du surgénérateur nucléaire Superphénix (1) et pour faire de la manifestation de Malville, à l’été 1977, un moment fort de la résistance anti-nucléaire. C’est en juillet de cette année-là que Françoise s’est rendue à Grenoble et a rencontré les gens du Casse-noix, « feuille grenobloise assez furieuse » à laquelle elle a ponctuellement participé.
En ce mois de mai 2022, dans un long texte intitulé Françoise d’Eaubonne à Grenoble et publié par Pièces et main d’œuvre (atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique) (2), Le Casse-noix revient sur cette époque et sur la folie technico-nucléaire. L’article commence par souligner l’action de sabotage de la centrale nucléaire de Fessenheim, alors en construction. Le texte poursuit sur les luttes anti-nucléaires et les débats qui les nourrissaient et auxquels les luttes d’aujourd’hui font écho. L’auteur, sans se départir d’un ton je suis plus malin que les autres quelque peu irritant, s’oppose à Françoise, d’un ton parfois condescendant, sur certains aspects de son discours, non pas sur le sabotage ou l’action directe mais sur ce que Françoise appelait « contre-violence ».
Il est dommage que dans la suite de son texte, l’auteur dénonce ironiquement le prétendu essentialisme de Françoise d’Eaubonne :
Cette volonté de puissance [du capital coupable de génocide, dernier stade de la société patriarcale d’oppression], qu’elle nomme « phallocratisme », serait selon d’Eaubonne et ses disciples, le trait saillant et négatif des mâles. A eux seuls l’instinct de mort et la pulsion agressive : Thanatos. (…) Les femmes étant dotées au contraire du privilège de l’Eros et de l’instinct de vie.
Il nous faudra donc toujours insister : pour Françoise, les différences entre les femmes et les hommes sont avant tout culturelles, dues au système patriarcal, à la position donnée dès leur naissance au garçon et à la fille.
L’article est suivi en annexe de la retranscription d’une conversation avec Françoise ainsi que des extraits de sa Lettre ouverte à Jean-Marie Muller, auteur de Stratégie de l’action non-violente (Éditions Fayard, 1972) et animateur du Mouvement pour une Alternative Non-violente, fondé en 1974. Ces deux textes ont été publiés, en juillet 1977, dans le numéro 6 du Casse-noix.
(1) Subissant panne après panne, Superphénix, s’il a bien été construit, n’a jamais réellement fonctionné. Il a coûté 60 milliards de francs et a été définitivement abandonné vingt années plus tard, en 1997.
(2) Avertissement. On nous écrit : Yannick Blanc, le probable auteur du texte Françoise d’Eaubonne à Grenoble, « est le militant principal et historique du groupe Pièce et main d’œuvres, collectif anti-technologie qui publie des textes dans une collection chez l’Échappée. Depuis plusieurs années, ce groupe publie des textes transphobes et anti-féministes ; ils se sont battus aussi contre la PMA pour les lesbiennes et autant dire qu’ils ne sont pas en odeur de sainteté dans le milieu féministe. Ils ont aussi publié des textes avec une coloration nationaliste étonnante pour ce collectif autonome. La fausse position de l’auteur qui parle d’une époque où il n’était ‘pas encore femme’ est une petite blague transphobe à la Yannick, un clin d’œil à ses lecteurs transphobes comme lui. »
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