En 2019, la Revue de littérature et d’arts modernes MuseMedusa publie ce texte de Pascale Joubi, alors doctorante à l’université de Montréal. Je la remercie, ainsi qu’ Andrea Oberhuber, directrice et rédactrice en chef de la revue, pour leur aimable autorisation de reproduction sur le site de Françoise.
Dans cette étude portant sur Le cycle des Bergères, le projet de l’autrice est double : » …montrer en quoi Le Satellite de l’Amande et Les Bergères de l’apocalypse trouvent leur écho dans les préoccupations féministes actuelles » et, en s’intéressant » aux modalités de reprise du mythe des Amazones dans les deux œuvres […] caractérise(r] ce processus du devenir-Amazone » en analysant « …une communauté, soudée et puissante, de femmes […] Conduites par Éros et Thanatos. Les guerrières, dans les Bergères de l’apocalypse, tissent les liens sororaux et filiaux nécessaires à l’avènement de leur civilisation : à coup d’actes sacrificiels, elles renversent l’ordre sacré et usurpent le pouvoir à travers la guerre et la fête.«
Avec la guerre et la fête l’autrice analyse en quoi les Amazones de Françoise oppose « un sacré de dissolution » au « sacré de cohésion » porté par l’Eglise et les institutions, et note plus loin que « L’œuvre d’Eaubonne comporte un intertexte religieux qui pourrait faire l’objet d’études intéressantes« . L’autrice a bien l’intuition des interrogations de Françoise dans la dernière partie de sa vie. Les Bergères sont contemporaines de son Sexocide des Sorcières qui contient une critique argumentée de textes de l’Eglise, et de sa Lettre ouverte à Jean-Paul II. Par la suite, elle publiera L’évangile selon Véronique, et ses archives contiennent de nombreux manuscrits inédits de ses dernières années interrogeant la religion de son enfance, tels que Sexe et Christianisme ou Les dissidents de la Croix.
Cette texte est un marqueur de l’état des connaissances d’alors sur l’œuvre de Françoise. L’autrice se penche sur le dyptique des Bergères de l’Apocalypse : elle ne pouvait savoir qu’un troisième volume, Un bonheur viril, existait. Il était alors à l’état de manuscrit inédit dans des archives dont le catalogue, d’une centaine de pages, n’existait pas encore. Le tryptique donc, réédité par Les Editions des Femmes-Antoinette Fouque en 2022, porte d’ailleurs le nom de Trilogie du Losange. De même, l’autrice ne pouvait avoir connaissance des différentes nouvelles de Françoise qui s’inscrivent dans les monde des Bergères, non encore republiées.
Plus généralement, l’autrice note que l’œuvre de Françoise qui compte une soixantaine d’œuvres (en réalité plus de cent) est aujourd’hui connue seulement de quelques happy few ayant pu mettre la main sur ses œuvres ou de quelques intéressés de l’écoféminisme. Ces quelques lignes de 2019 sont significatives de son invisibilisation passée comme de sa résurgence contemporaine, seulement sept ans après (cette note d’introduction est écrite en mai 2026) : avec plus de 15 livres republiés, inspirant de nombreuses artistes, Françoise n’a pas fini de faire parler d’elle.
Et si vous souhaitez aller plus loin, Pascale Joubi développe son propos dans Amazones modernes et contemporaines. Résistance, combat, pouvoir, publié en 2024 aux Editions Nota Bene.
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