2023 : Le Sexocide des sorcières

Vauvert, Au diable vauvert, collection Nouvelles Lunes, préface Taous Merakchi, 109 pages.

Le sexocide dont parle Françoise d’Eaubonne dans ce texte, le traitement réservé aux « sorcières » lors de la chasse qui a été menée contre elles, n’était qu’un prétexte. C’était une astuce parfaite, adaptée à l’époque dans laquelle ces événements s’inscrivent, pour justifier la torture et le meurtre des femmes. Le Malleus Maleficarum de Kramer et Sprenger serait traité aujourd’hui comme le manifeste d’un incel, lâché sur la toile quelques heures avant d’aller commettre sa tuerie de masse dans un lieu fréquenté essentiellement par des femmes. (Taous Merakchi, 2023, préface) Juliette Arnaud évoque le livre à la matinale de France-Inter.

Les procès en sorcellerie couvrent une immense période historique qui commence en 1350 pour s’achever à la Révolution Française. Elle est pour la quasi-totalité concentrée entre 1500 et 1700 et bat son plein entre 1600 et 1680, au moment où se construit l’Etat moderne et naît l’Académie Française, ce qui n’est pas sans rapport puisqu’elle institue le masculin universel dans la langue française.

Il s’agit de soumettre les femmes et la nature (la forêt devient le lieu du sabbat des sorcières) et de contrôler les espaces naturels pour contrôler les populations à une époque où l’on échappe encore à l’Etat en se réfugiant dans des lieux inaccessibles. Face aux épidémies que le pouvoir civil est impuissant à combattre, et aux atrocités des guerres de l’Epoque Moderne, il faut un bouc émissaire pour détourner la colère. La Femme (et le féminin en l’humanité) déjà dénigrée par la Religion en est un commode. Il permet aussi d’éradiquer les savoirs populaires au profit des institutions (santé, par exemple) en interdisant la pratique d’un grand nombre d’activités aux femmes.

À la fin des procès en sorcellerie, c’est le Code Civil qui prend le relais pour faire des femmes des mineures à vie sous la « responsabilité » du père puis du mari. S’il a beaucoup évolué, et particulièrement au XXeme siècle, certaines dispositions aujourd’hui obsolètes n’ont pas encore été expurgées du droit. Qu’est-ce qui nous garantit qu’à l’avenir elles ne seront pas réactivées ? Rien n’est définitivement acquis, vigilance !

La grande Anne Sylvestre qui, si elle n’avait pas été femme, aurait eu la reconnaissance d’un Brel ou d’un Brassens tant son œuvre soutient la comparaison, est l’autrice de la magnifique chanson qui suit. Et, parmi toutes les reprises que j’ai pu entendre, celle-ci me parait particulièrement bonne.

i

1999 : Le Sexocide des sorcières

Paris, L’Esprit Frappeur, 156 pages.

Dans cet ouvrage, Françoise retrace l’obsession masculine, depuis la destruction des cultures matrocentristes, de faire disparaître le féminin. « C’est bien en Occident chrétien, futur créateur de ‘l’État de droit’, que c’est manifesté le plus tôt et le plus spectaculairement ce rêve de sexocide par le bûcher des sorcières. (…) Ce fut en 1484 que la bulle d’Innocent VIII lança l’initiative d’une extermination qui devait dépeupler l’Europe d’une partie du ‘deuxième sexe’ pendant deux cents ans. » Et l’Église, pour qui toute femme est une sorcière en puissance, bientôt livrera « à la torche du bourreau les milliers de femmes dont elle invente la culpabilité ». (Alain)

i