Un dojo à soi

Par Vincent

Fils de Françoise, je m'active avec d'autres à faire connaitre sa vie et sa pensée, et à la prolonger dans la mesure de mes moyens.

Mis à jour le 01/05/2023 | Publié le 23/03/2023

Virginia Woolf a dit l’importance pour les femmes d’avoir “Une chambre à soi”. En 2023 en France, combien ont “Un dojo à soi”, c’est-à-dire un endroit où elles ont la responsabilité de l’enseignement délivré dans les arts martiaux japonais ? À ma connaissance, deux.

Manon Soavi est l’une d’entre elles (1). En bagarre avec un milieu masculiniste traversé par tous les codes de la domination, elle défend une vision anarchiste et se dit très inspirée par l’écoféminisme. Sans en rabattre sur les exigences propres à sa Voie, elle la cultive dans un esprit visant la réappropriation collective et individuelle du corps et des libertés.

“La plupart du temps, pour les femmes, la violence est déjà dans le fait même de naître femme. Toute notre vie, nous serons sous-estimées, maltraitées et jugées à l’aune du modèle masculin auquel on nous renvoie toujours. Les arts martiaux ne font pas exception à la règle : violence, condescendance et comparaisons sexistes existent bel et bien. Beaucoup plus qu’on ne veut l’admettre”.

Au-delà de ce constat, Manon développe une pensée subtile d’esprit libre (elle n’a jamais été scolarisée) nourrie par ses connaissances philosophiques et anthropologiques, son héritage culturel original et, bien sûr, un travail physique quotidien que j’imagine intense.

Je vous recommande vivement son premier livre Le Maître anarchiste, Itsuo Tsuda – savoir vivre l’utopie. À travers la figure originale de ce “maître anarchiste”, c’est notamment toute une histoire occultée d’une Asie libertaire qui s’offre à nous, riche d’enseignements pour notre époque.

Mais plus encore, Manon rappelle l’importance du corps dans la construction d’une mutation sociale : elle nous met sur le chemin d’une réappropriation de savoirs vernaculaires confisqués anthropologiquement par le patriarcat pour nous laisser sans défense face au Pouvoir.

Françoise, qui pratiqua en son temps le judo, aurait aimé rencontrer Manon ! Quant à nous, nous pouvons la retrouver ici.

(1) J’étais fort satisfait de cette image d’introduction… Mais elle est inexacte, en ce que Manon n’est pas la “patronne” d’un dojo, qui ne lui appartient pas. Le mieux pour expliquer cela est de lui lasser la parole :

” Dans notre Ecole, nous avons plusieurs dojos et ce sont des lieux entièrement consacrés à l’Aïkido et au Katsugen Undo. Ce ne sont pas des gymnases, ce ne sont pas des salles de sport, il n’y a aucune autre activité. Ce sont des lieux qui sont gérés par des associations. Donc les personnes s’auto-gèrent, s’auto-organisent. Tous les membres sont responsables de leur dojo. Il n’y a pas d’un côté le dojo et de l’autre côté des clients. Chacun est chez lui et chez les autres à la fois…”

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