// adaptation du texte dans le commentaires //

Textes de Françoise

Quant à vous qui après nous vivrez, [on vous priera] de demeurer ouvert à l’invisible. C’est-à-dire aux petites brèches des Lettres par où passe l’appel murmuré si nécessaire à entendre, ne serait-ce qu’une seule fois.

Françoise, La Liseuse et la Lyre 

1975 : Profession de foi pour l'an 76
Profession de foi
En décembre 1975, Françoise rédigea, dans son journal intime, sa ligne de conduite pour l’année à venir et les années suivantes. Un texte brûlant d’amour et de révolte, où se conjuguaient, dans une fusion ardente, sa haine de l’injustice et du système patriarcal, son amour des opprimé·es et son combat contre « ce qui nous détruit ».
Près de 20 années plus tard, en 1993, Françoise est revenue dans son journal sur cette « profession de foi définitive » :
« En cette année 1993, je suis consciente du ridicule apparent d’avoir écrit une telle profession de foi à l’âge de 56 ans. Mais aujourd’hui que j’en ai 73, je ne la ressens plus comme la manifestation naïve d’une jeunesse n’existant plus. ‘On met longtemps à devenir jeune’ dit Cocteau. Sentir à ce point la vie devant soi, était-ce si outrecuidant ? Suis-je restée fidèle à ces auto-commandements ? Certains me semblent toujours d’actualité. »

Françoise d’Eaubonne

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1976 : La révolution amoureuse
La Révolution amoureuse
À la grande époque de La Gueule ouverte (journal écologiste et politique fondé en 1972), les colonnes de l’hebdomadaire proposaient des débats qui portaient sur divers sujets, comme la non-violence ou les questionnements sur l’amour et la sexualité. Françoise participait souvent à ces controverses. Dans le numéro daté du 29 décembre 1976, elle répondait à Isabelle Cabut, alors directrice de la publication, en s’attaquant au « mythe de la vie privée » et en promouvant la « révolution amoureuse ».
« Il n’est pas question de supprimer l’amour, mais au contraire de l’étendre. Et de savoir que, sitôt connue cette ‘relation privilégiée’ qui est une des chances de l’humain, elle doit être élargie à plusieurs sous peine de disparaître. »

Françoise d’Eaubonne

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1976 : Lettre à une GRECE qui n'est pas sans colonels
Lettre au GRECE

Le 3 mai 1976, Françoise répond à l’invitation qui lui est faite à rejoindre le Groupe de Recherche et d’Etude pour une Civilisation Européenne dont l’objet, comme c’est étonnant, est de : défendre, illustrer et prolonger les « bases de la civilisation européenne ».

Cette élite intellectuelle, très au fait de la vie des idées, a jugé opportun de proposer à Françoise d’Eaubonne d’y adhérer. Françoise d’Eaubonne !

« Je n’ai pas plus de goût pour une philosophie ‘européenne’ à faire ricaner les nourrissons que pour la moustache tricolore de Glouton l’enzyme ou les érections piège à cons. Ni pour les vieux ringards Vichyssois qui traînent chez vous le bel avenir qu’ils ont derrière eux. Tous mes regrets. »

Françoise d’Eaubonne

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1978 : De l'écriture, du corps et de la révolution
De l’écriture, du corps, de la révolution

Dans ce court texte flamboyant écrit à 58 ans, Françoise évoque son « corps de femme ouvert au monde entier sur les futurs de l’histoire dont sa mort fait partie ». Son corps, qui « a tout vécu en défiant l’ennemi et se redressait en chantant ».

Son « seul ami avec l’écriture [qui] ne m’ont jamais fait défaut, pas plus que l’amour le plus exigeant… celui de l’insurrection armée… milliards de loups arrosés de pétrole et qui flambent. »

Elle appelle toutes les femmes à la fierté de leur corps, rappelant qu’il EST,… alors que la RÉVOLUTION n’est pas encore.

Quand tout est dit sur Françoise, ses 100 livres publiés, ses mots légués à la langue française, ses théorisations visionnaires, il reste ce fait : c’était une incarnation de la vie hors-normes, un tellurisme, une force primordiale.

 

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1980 : La nature de la crise

La nature de la crise

En 1980, le n° 20 de Sorcières, les femmes vivent publie 6 pages de Françoise. Elle y résume son long travail pour débusquer les causes premières de nos aberrations. Le recul du temps ne fait que renforcer sa plume et, malgré des rappels anthropologiques qui pourront parfois êtres datés, elle en vient à l’essentiel dans deux dernières pages fulgurantes.

« S’en prendre au Capital n’est que s’en prendre à la pointe de l’arme qui nous blesse et nous déchire ; le manche de l’arme plonge dans la nuit des temps, il se nomme patriarcat, il se nomme civilisation mâle au schéma universel. (…) Le maintien de l’âge industriel (…) c’est la fin du monde terrestre dans trente à cinquante ans. On ne peut dépasser cet âge-là en conservant un système de profit. On ne peut abolir ce système de profit en conservant une société de classes, à savoir un besoin de pouvoir. On ne peut abolir le pouvoir en conservant le monde patriarcal et masculin. C.Q.F.D. L’avenir de l’espèce est entre nos mains. »

Françoise d’Eaubonne

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1992 : Elixir-élections

Élixir-élections

Au début des années 1990, alors que le rejet de l’autre, le racisme, la haine, avaient de plus en plus droit de cité dans les médias et dans le débat public, Françoise fit paraître dans le numéro de mai 1992 de L’Imbécile de Paris (« journal d’humour et d’opinions interdit aux journalistes ») un petit article expliquant pourquoi elle refusait depuis toujours de mettre un bulletin dans l’urne électorale, même pour faire barrage à la peste émotionnelle

 « ‘Le peuple renonce à son pouvoir au moment où il croit l’exercer.’ C’est Sun Yat-Sen qui écrivit cet aphorisme après avoir étudié le mécanisme des élections françaises, avant de renverser le plus vieux pouvoir féodal du monde, le chinois, en 1911. »

Françoise d’Eaubonne

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1996 : Une rose pour Violette

Une rose pour Violette

Romancière née en 1907 et disparue en 1972, Violette Leduc a fortement marqué Françoise d’Eaubonne. Les deux écrivaines furent d’ailleurs amies. Pour un colloque Violette Leduc organisé à l’Université Charles-de-Gaulle à Lille, les 15 et 16 mars 1996, Françoise a écrit ce texte à propos de la difficile réception par le public français de l’œuvre remarquable « d’une écrivaine si prodigieusement douée »

« Faim d’amour, asphyxie de solitaire, ressassement infini de cet ‘océan de larmes’ comme elle se baptisait elle-même, voilà qui irritait et décontenançait le lecteur français de ces années-là. Si La Bâtarde apporta à Violette une juste revanche, ce fut surtout en raison de la hardiesse des tableaux de mœurs et du cruel miroir où l’auteur osait se refléter pour tendre à son lecteur un exemple imprévu de regard sur soi- même. »

Françoise d’Eaubonne

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