Françoise et la Résistance, ARTE, Platon

Par Vincent d'Eaubonne

Fils de Françoise, je m'active avec d'autres à faire connaitre sa vie et sa pensée, et à la prolonger avec mes moyens.

Mis à jour le 07/06/2026 | Publié le 10/05/2026

Parvis des Femmes de la Résistance, Toulouse

Jusqu’à présent, seuls les Mémoires de Françoise témoignaient de son engagement dans la Résistance. En mars 2026, La Fédération Nationale de la Mémoire Vive de la Résistance a publié une notice biographique à son sujet, offrant ainsi une source secondaire et des précisions complémentaires.

D’après ce document, Françoise était affiliée au réseau Libérer et Fédérer. Son rôle consistait notamment à « diffuser des idées, participer aux activités intellectuelles clandestines, ainsi qu’à faire circuler des textes et nourrir la réflexion politique de la Résistance ».

Ce qui est en partie cohérent avec ce qu’elle rapporte dans ses Mémoires. Elle s’attribue un rôle modeste, évoquant une résistance de pissotière pour signifier qu’elle ne s’est livrée à aucune action héroïque. Il y est question de la Rue du Languedoc à Toulouse où la tête du réseau, le député socialiste italien en exil Silvio Trentin, a fondé une librairie au N° 10. Il y réunira, en 1942, les survivants d’un précédent réseau décimé. Mais les évènements et les personnages dépeints par Françoise font davantage penser à un minuscule comité, jeune et malhabile, qu’à un réseau aguerri. Peut-être à cause du cloisonnement ? Il va falloir approfondir.

Si son rôle a été modeste, il n’était pas sans risque :

Je débouchais place du Capitole… Et ce fut alors que le ciel se fendit, que les maisons croulèrent et que ma vie se coupa en deux.

En face de moi venaient trois hommes. Celui de droite et celui de gauche portaient des imperméables clairs et des chapeaux mous enfoncés sur les sourcils. Ils se dirigeaient vers une auto arrêtée en poussant celui qui marchait entre eux. Ils allaient me frôler.

[…]

L’homme encadré par les deux autres était Juju.

Au moment où l’un des chapeautés ouvrit la portière en disant  » Schnell ! « … les yeux de Juju croisèrent les miens. Ils me suppliaient. Je savais ce qu’ils voulaient dire. Je continuais à marcher. Mes ongles étaient pleins d’aiguilles, un glaçon remplaçait mon cœur, mais je marchais, je tenais debout, j’allais. J’entendis claquer la portière derrière moi, je ne me retournais pas.

[…]

Une seule certitude : où que ce fût, dans les geôles de la Gestapo, le long d’une voie ferrée ou derrière des barbelés germaniques, la fin de Juju aura été digne de lui ; je sais, moi, que « le petit pédé » s’y est montré un homme, et beaucoup plus que bien d’autres mâles.

Françoise, Chienne de jeunesse, page 323-324

Tout ceci prend un tour très particulier ; ce 8 mai 2026, les rues de Carpentras ont entendu résonner l’hymne pétainiste Maréchal, nous voilà à l’issue de la cérémonie de commémoration de la victoire contre les nazis.

Mi-mai, je suis l’invité d’ARTE pour un épisode d’Invitation au voyage qui sera tourné à Toulouse. Parmi la liste des questions fournie par la réalisatrice, un point porte sur la Résistance toulousaine et la place qu’y a tenu Françoise, ce sera donc l’occasion d’évoquer ces faits.

Par ailleurs, je suis de plénière lors d’un colloque sur l’autofiction féministe à l’Université de Haute-Alsace, où l’on me demande pour novembre une bonne heure de propos sur la place qu’y tiendrait Françoise. L’autofiction, c’est un vaste champ d’empoignade dans le monde universitaire. Ancien maçon, titulaire en tout et pour tout d’un Brevet des Collèges, je n’ai pas d’enjeu de place, je sens que je vais bien m’amuser. Je suis déjà intervenu là-bas, et je soupçonne les organisatrices de me faire venir pour ma « liberté de ton ». Bravo à elle de ne pas céder aux injonctions !

Et, pour finir, les relations de Françoise avec la Grèce sont au beau fixe. Grâce à ma camarade Eleni Riga, déjà évoquée ici, une exposition de ses dessins ainsi que des interventions artistiques en référence à elle vont se tenir à Athènes l’hiver prochain, j’y serais. Et j’ai reçu il y a quelques jours une proposition d’intervention sur le site de l’ancienne Académie de Platon. L’auteur de La République, qui imagine en Grand Homme à lui tout seul un « monde idéal » ou encore de Timée dans lequel ses propos sur les femmes sont dignes du plus intégriste des responsables religieux, avec Françoise, n’aura pas le dernier mot !

Je disais, dans un texte récent, qu’au vu des connaissances contemporaines, j’aurais préféré de loin naître dans les steppes chez les Sarmates qu’esclave des Achéens. Tant que nous n’aurons comme horizon culturel que l’atroce civilisation grecque antique et sa « Démocratie « Athénienne qui ne concernait que huit pour cent de la population, nous ne sommes pas sortis des ronces…

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